Histoire, Légende, Mythe ou Symbolique ?

Il y a souvent dans notre esprit une confusion entre Histoire et Légende et entre Légende et Mythe. Nous subissons aussi une incompréhension encore plus marquée dès qu’on aborde la Symbolique.

Cet article a donc pour but de clarifier ces confusions tout en apportant un éclairage particulier sur le passage des récits d’un domaine à l’autre.

Il est cependant loin d’être complet. Il ne propose qu’un point de vue, parmi beaucoup d’autres, sur les thèmes dont il traite.

Il serait en effet difficile, voire impossible, de fournir ne serait-ce qu’une définition consensuelle d’un seul des termes du titre, tant les interprétations sont différentes selon qu’on soit historien, sociologue, kabbaliste, écrivain ou alchimiste.

Tout d’abord, quelles sont les caractéristiques des récits dans chacun de ces domaines ?

L’Histoire

illustration d'un récit d'histoire

L’Histoire est saisie à travers des thèses (d’historiens), mais aussi racontée par des récits – dits récits Historiques.

« Le récit historique, ou plus simplement l’histoire, est basé sur des évènements ayant pavé le cours de l’Histoire. Il est un récit qui se doit d’être réaliste, tant à travers les faits historiques qu’il relate, mais également à travers la vie quotidienne qu’il raconte. »

Cette définition est assez communément acceptée, mais n’est pas suffisante. J’en préfère une autre :

« Le récit Historique est basé sur une transcription de la réalité, au sens le plus restrictif du terme, qui apporte un témoignage réel ou au pire réaliste, de faits qui se sont déroulés dans le passé, et dont le contenu, aussi exact et précis que possible, s’est transmis jusqu’au présent par une généalogie ininterrompue de preuves matérielles »

Pas de place, donc, dans l’Histoire, pour la fantaisie ou l’imaginaire.

Les preuves matérielles sont principalement des documents officiels (rapports de professionnels au dessus de tout soupçon, comme police ou secrétaire), des témoignages de tiers contemporains du fait historique (récits de proches), des peintures (portraits de famille), des gravures (inscriptions dans la pierre), pour la majorité des récits.

Les sources auxquelles s’alimente le récit de l’Histoire sont invariablement authentifiées par la communauté experte actuelle, et dans le meilleur des cas vérifiable par tout un chacun. Il est donc souvent composé de références à d’autres faits de l’Histoire, de dates et de noms de personnes ayant réellement existé.

Le Temps de l’Histoire est un temps normal. Les personnes vivent la durée normale d’une vie humaine, les faits se déroulent selon une chronologie réelle, et toutes les actions entreprises sont à la portée d’un être humain réel de l’époque. Il n’y a pas de super-pouvoir, pas de magie non plus comme celle d’Harry Potter.

La seule possibilité de spéculation, dans l’Histoire, est celle qui relate les pensées et les émotions des personnes concernées.

La Légende

illustration d'une légende

La Légende est, comme le mot l’indique directement, un legs du passé.

La Légende prend son origine dans l’Histoire. Elle a pour caractère principal une amplification des faits historiques, des qualités des personnages, de l’importance des situations, jusqu’à devenir fantaisiste.

Des personnes historiques, courageuses à un moment de leur vie, deviennent des Héros – ou des Méchants – aux qualités exceptionnelles, et les actions qu’ils ont pu réellement accomplir sont grossies.

C’est par exemple le cas bien connu du comte Drac, un personnage ayant réellement existé, qui est devenu, dans la culture actuelle, le fabuleux vampire Dracula, doté de grands pouvoirs.

La Légende donc n’est plus reliée à l’Histoire que par quelques dates, ou noms de personnage ayant réellement pris place dans notre passé.

Elle s’exprime cependant par le caractère ininterrompu de la transmission, par des témoignages parfois oraux au début, puis écrits par des générations d’auteurs s’inspirant les suivants des précédents, du contemporain de la Légende à la société actuelle.

Le plus souvent, ce sont des écrits qui sont à la base d’une Légende, puis la transmission orale, peu à peu déformées, vers les générations successives, qui se saisit de l’Histoire, la reformate à son goût et selon ses besoins d’affirmation culturelle.

Les Légendes, qui sont donc issues des déformations de l’Histoire, acquièrent aussi un caractère universaliste par leurs inscriptions successives dans la culture d’un peuple légataire direct puis par leur assimilation par les autres peuples.

Le Mythe

illustration d'un mythe

Le Mythe n’est pas une légende qui a évolué, contrairement à ce qu’on pourrait penser.

Le Mythe assume le caractère d’un récit inventé, soit complètement, soit par amalgame de plusieurs morceaux d’histoires légendaires ou d’autres mythes.

Les principaux caractères pour reconnaitre un Mythe d’une Légende sont assez faciles à voir :

Il y a, d’abord, une grande part de fantaisie dont fait part le récit mythique. Un Mythe tient plus de la fable que de l’Histoire, ou même de la Légende, puisqu’on peut retrouver dans les mythes de nombreuses espèces d’animaux, ou d’entités à forme plus ou moins humaines, qu’on peut tout de suite dire qu’elles n’ont jamais existé dans le passé.

Les dragons, personnages ailés, chiens à 7 têtes, homme à tête d’aigle, sirènes, par exemple, sont monnaie courante dans les mythes.

Il y a aussi une déformation totale, ou quasi-totale, des notions de base du réalisme : l’espace et le temps ne sont plus du tout en adéquation avec la réalité.

Les immortels, les lieux imaginaires, le temps-même mis par l’action d’un personnage sont de nature à faire sourire.

Car le grand caractère d’un mythe, c’est son but. Il s’adresse à la psychologie du lecteur contemporain, et non à son passé.

Le temps dans lequel le récit prend place est donc indéfini, ou dans un passé si lointain qu’il est normal qu’il n’y en ait plus aucune trace.

Le Mythe doit toutefois prendre ses éléments dans l’imaginaire présent du lecteur, afin de conserver la véracité de son message. Il a donc besoin d’être actualisé à mesure que change l’époque dans laquelle le mythe est transmis.

Pour exemple, le mythe du Golem s’est actualisé en mythe de Frankenstein. Actuellement, c’est une entité indéfinie, qu’on appelle « IA » (intelligence artificielle), qui est le candidat pressenti pour l’actualisation du mythe du Golem.

La profusion de symboles (objets, représentations visuelles, actions précises) indique aussi la présence d’un mythe plutôt que d’une légende.

C’est même là son caractère principal. En effet, si l’on se penche sur un récit mythique, avec un peu de discernement, on peut tout à fait s’apercevoir que le mythe tourne surtout autour des symboles, et que les situations dans lesquelles le récit plonge le lecteur ont vraisemblablement été adaptées afin de mettre en valeur l’importance du symbole.

La Symbolique

illustration d'une planche symbolique

La Symbolique est certainement le domaine le plus difficile à comprendre au premier abord, car notre époque actuelle a soigneusement gommé toute possibilité de saisie de son champ d’expression.

La Symbolique est, en résumant fortement, « l’étude » des symboles à travers son « langage », le symbolisme.

C’est une manière de transmettre des connaissances, non par analyse du signifiant d’un récit, mais par des méthodes plus intérieures, relatives non seulement à l’auteur du récit symbolique mais aussi au lecteur qui en prend connaissance.

C’est même dans cette dernière assertion, le lecteur qui en prend connaissance, que réside le but de la symbolique.

Grâce à la mise en action de symboles, à travers un récit totalement libre de tout réalisme, le lecteur obtient des clés de compréhension sur des « vérités d’ordre supérieures » concernant sa nature profonde.

Ces vérités sont par nature universelles et intemporelles, elles peuvent donc se transmettre d’un auteur à un lecteur, indépendamment de leurs époques ou de leurs cultures respectives.

La Symbolique ne s’enseigne ni ne s’apprend par les méthodes habituelles, scolaires ou autres.

Elle fonctionne par évocation, recherche personnelle, maturation mentale, perception intuitive, pratique directe de rituels. Les rituels sont des sortes de récits vivants, comme une pièce de théâtre dont on serait un des acteurs.

Ce n’est donc pas une matière à proprement parler, mais plutôt une activité réflexive et immersive totale, un paradigme personnel.

Souvent, une personne qui pratique la Symbolique dira, avec un petit sourire et un regard lointain, que « tout, absolument tout, est symbole ».

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